jeudi 3 juin 2010

QUE LA BÊTE MEURE (Claude Chabrol, 1969)

Un poil meilleur que "Le boucher", "Que la bête meure" ne casse pas non plus trois pattes à un canard. Le script n'est pas sans maladresses. Duchaussoy trop froid déçoit. Seul Jean Yanne dégage quelque chose. On peut le voir comme le meilleur Chabrol. Ou comme le moins mauvais...

GRIZZLY MAN (Werner Herzog, 2005)

Le film d'Herzog tente de cerner la personnalité de Timothy Treadwell au travers d'interviews de ses proches, et de scènes extraites des 100 heures de prises de vues tournées avant sa mort. L'américain ami des ours apparaît comme un écolo affecté, mégalomane (tout le temps dans le cadre), névrosé (il parle aux bestiaux avec une voix de châtré) et suicidaire. Fine psychanalyse, "Grizzly Man" se complait un peu trop dans le morbide. Hein Werner ? On a compris que Treadwell, tout guerrier qu'il était, s'était fait salement ratatiner.

mercredi 2 juin 2010

KISS OF DEATH (Henry Hathaway, 1947)

Tout petit film noir sans cadavres. Victor Mature est fadasse ; Richard Widmark trop excentrique. La censure a tout édulcoré. Dans le genre, il est facile de trouver mieux.

FISH TANK (Andrea Arnold, 2009)

Bonne surprise que ce petit film où l'on découvre avec plaisir la jeune et fraîche Katie Jarvis, excellente dans son rôle d'adolescente paumée qui fait les 400 coups. À noter que le tournage s'est déroulé dans l'ordre chronologique du film, les acteurs n'ayant eu connaissance du script que morceau par morceau.

lundi 31 mai 2010

CAST AWAY (Robert Zemeckis, 2000)

Nul jusqu'au crash, le film ne devient intéressant que lorsque Hanks échoue sur l'île. Investi, l'acteur d'ordinaire pâlichon incarne alors un Robinson crédible. De retour sur le continent, on retrouve un scénario insipide avec des réactions de personnages mal écrites. De surcroît pollué en permanence par de pénibles références publicitaires, "Seul au monde" laisse un goût plus amer que salé.

dimanche 30 mai 2010

COMMENT JE ME SUIS DISPUTÉ... (MA VIE SEXUELLE) (Arnaud Desplechin, 1996)

C'est évidemment beaucoup trop long et trop bavard mais peut être faut-il en passer par là pour obtenir une psychologie un peu subtile. Y gagne-t-on à voir un film plutôt qu'à lire un livre ? Almaric et surtout Devos sont persuasifs. Dégraisser de ses dialogues faux, ampoulés et verbeux, "Comment je me suis disputé avec Éric Barbier" (le titre primitif) aurait pu être l'ultime film sur l'âge d'homme, celui qui aurait sorti définitivement de la fange le cinéma français. Raté de peu à cause de trop.

samedi 29 mai 2010

THE RED SHOES (MICHAEL POWELL & EMERIC PRESSBURGER, 1948)

Ce conte cruel à la mise en scène inventive qui atteint au sublime lors de la longue séquence du ballet "Les chaussons rouges" souffre du jeu inégal des trois acteurs principaux (bien que leurs personnages soient plutôt bien écrits). Moira Shearer danse bien mais n'émeut pas beaucoup ; à la mort de la ballerine, on se demande qui, de Marius Goring en gare ou de Anton Walbrook sur scène, réalise la prestation la plus lamentable. Enfin comment ne pas regretter que le scénario n'ait pas suivi le dénouement du conte d'Andersen qui voit la jeune fille obtenir du bourreau qu'il lui coupe les pieds. Enfin, le spectacle est quand même diablement envoutant.

MULHOLLAND DR. (David Lynch, 2001)

Frustré de voir capoter son projet d'une nouvelle série TV (après le succès de l'excellent Twin Peaks), Lynch accepte la proposition de Studio Canal de torcher un long-métrage à partir du pilote boudé. Résultat : une pastissade nauséeuse, une fumisterie même pas drôle qui bernera plus d'un spectateur. "Mulholland Drive" ou pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué...

jeudi 27 mai 2010

THE SECRET OF KELLS (Tomm Moore, 2009)

Visuellement flamboyant, "Brendan et le secret de Kells" brode une histoire balisée autour du livre de Kells, manuscrit illustré de motifs ornementaux et réalisé par des moines de culture celtique vers l'an 820 considéré comme un chef-d'œuvre du christianisme irlandais et de l'art irlando-saxon. Un spectacle à la hauteur pour les enfants et pour les adultes qui auront su en garder l'âme.

mercredi 26 mai 2010

BOB LE FLAMBEUR (Jean-Pierre Melville, 1956)

Après un début un peu terne, "Bob le flambeur" monte crescendo en puissance et devient passionnant dès lors que tous les personnages sont entrés en scène et que le coffre du casino de Deauville exerce son attraction. Les acteurs plus inspirés trouvent enfin le ton juste et bonifient les dialogues délicieusement désuets. Melville maîtrise son sujet et, malgré ses quelques défauts, ce polar dégage une grande sympathie.

LE BOUCHER (Claude Chabrol, 1970)

Plutôt bien ficelé, "Le boucher" réussit surtout une jolie peinture d'un petit village de campagne. Servis par de bon dialogues, Jean Yanne (très bon) et Stéphane Audran parviennent à émouvoir. Mais leurs personnages manquent de profondeur. Pourquoi le boucher se mue-t-il en meurtrier ? La vision des horreurs de la guerre, soulignée avec des gros sabots, n'explique pas tout. Pourquoi l'institutrice s'entête-t-elle à rester chaste ? L'argument de la déception amoureuse ne convainc pas. Faute d'une psychologie fouillée, le propos du film sonne creux. C'est dommage.

lundi 24 mai 2010

LO STRANO VIZIO DELLA SIGNORA WARDH (Sergio Martino, 1971)

Pas terrible ce "L'étrange vice de Madame Wardh" pourtant souvent cité par les fanas du genre : interprétation très médiocre, mise en scène brouillonne et dénouement qui paraît improvisé. Il faut dire que le vice de Martino, lui, n'a rien d'étrange : il préfère les fesses et les seins aux assassins. Alors est-il nécessaire de se taper un giallo rasoir pour mater des femmes à poil ? Au spectateur de trancher...

LA CODA DELLO SCORPIONE (Sergio Martino, 1971)

"La queue du scorpion" présente une enquête assez convenue sur fond d'arnaque à l'assurance, résolue de façon peu crédible (rétrospectivement ce qu'on nous a montré n'est pas logique). Malgré tout, bien joué et mis en scène avec rythme, le giallo pouvait encore prétendre à une place au panthéon du genre. Malheureusement, le final bâclé sur l'île grecque vient ruiner les espoirs (solution révélée de but en blanc, apparition "magique" de la police sur l'escarpement rocheux...). Avec "Lo strano vizio della Signora Wardh", Martino a fait deux films médiocres dans la même année. N'aurait-il pas pu se raisonner à n'en faire qu'un seul mais bon ?

dimanche 23 mai 2010

BRAZIL (Terry Gilliam, 1985)

Force est de constater que Gilliam n'a pas fait mieux depuis ce film qui faillit s'appeler "1984 ½" : "Brazil". Peut être le réalisateur, généreux à l'excès, a-t-il trop puisé dans les ressources de son univers ? Des innombrables références artistiques, littéraires en premier lieu (Kafka, Orwell...), cinématographiques et picturales, résulte une œuvre foisonnante et presque intarissable. Les détracteurs reprochent une certaine vétusté. « La technologie de Brazil ne fonctionne peut-être pas, mais elle correspond à l'époque et a une signification. » se défend Gilliam. Baroque, post-moderne, néo-expressionniste, "Brazil" décrit un univers sombre, oppressant sans oublier d'être souvent très drôle (immense Jonathan Pryce).

samedi 22 mai 2010

IL FERROVIERE (Pietro Germi, 1956)

Critiqué à tort pour son sentimentalisme, "Il ferroviere", œuvre intimiste néo-réaliste, montre simplement des émotions sincères. Pietro Germi y incarne un touchant cheminot et le petit Edoardo Nevola, un épatant Sandrino. Belle photographie (bien qu'en noir et blanc on prenne le vin trop clair pour de l'eau !). « Un film fatto per gente all'antica... col risvolto dei pantaloni » dit Germi. « Un film fait pour les anciens... avec le revers de pantalon. »

mercredi 19 mai 2010

ANGELS WITH DIRTY FACES (Michael Curtiz, 1938)

Film de gangster assez caricatural totalement ruiné par une fin ridicule. L'interprétation cabotine de James Cagney et la mise en scène de Curtiz parviennent néanmoins à susciter énormément d'enthousiasme.

mardi 18 mai 2010

TENSHI NO TAMAGO (Mamoru Oshii, 1985)

Sibylline et presque sans dialogues, "L'œuf de l'ange" est une œuvre de science-fiction qui peut dérouter. Oshii y explore déjà ses domaines de prédilection : le symbolisme, la métaphysique, la philosophie... Très personnel, à des années lumières des préoccupations des mortels, le film sera un échec commercial. Pourtant, si l'on s'en tient purement à l'aspect sensoriel, les qualités foisonnent. Intrigant comme le "2001" de Kubrick, "Tenshi no tamago" a quelque chose d'indiciblement séduisant.

jeudi 13 mai 2010

MILANO ODIA : LA POLIZIA NON PUÒ SPARARE (Umberto Lenzi, 1974)

Dès son titre, le film de Lenzi attaque : "Milano Odia : la polizia non può sparare", "Milan réprouve : la police ne peut pas tirer". Comment alors régler la criminalité dans les rues de la capitale lombarde ? C'est l'impavide commissaire Grandi – Henry Silva, 1 m 88 – qui s'y colle. Lui voudrait bien tuer en cas de nécessité mais son collègue réprouve pour raison morale. Confronté à un fou sanguinaire (excellent Tomas Millian), Grandi finira évidemment par passer outre. Refusant tout compromis, "Milano Odia" est un poliziesco pessimiste, incisif et nerveux.

mercredi 12 mai 2010

THE BAD AND THE BEAUTIFUL (Vincente Minnelli, 1951)

Classique de Minelli, "Les ensorcelés" se découpent en trois longues scènes rétrospectives qui expliquent comment un réalisateur, une actrice et un écrivain ont été séduits puis trahis brutalement par un producteur (excellent Kirk Douglas). On s'ennuie de ce scénario à répétition qui n'offre aucune surprise. Au palpitant, électrocardiogramme plat.

COUP DE TORCHON (Bertrand Tavernier, 1981)

"Coup de torchon" adapté librement du livre "Pop. 1280" de Jim Thompson marque un fort contraste entre un personnage complexe, le policier Lucien Cordier incarné par Philippe Noiret (magistral), et d'autres caricaturaux. Dissimulé sous des airs d'abruti, Lucien met en place une justice expéditive, en toute impunité. On ne sait pas trop bien s'il agit consciemment ou sous l'impulsion d'une force extérieure, le début et la fin du film se montrant particulièrement obscurs. Film noir et caustique, intrigant, bien joué mais brumeux.